Un film de Kenji Mizoguchi Duree : 2H03 mn Titre original : Sanshô dayû Sortie en salles le 08 Octobre 1960

Lion d'Argent à la Mostra de Venise

Synopsis : Fin de l'ère Heian, le fils et la fille d'un gouverneur sont vendus comme esclaves à l'intendant Sansho, un être brutal. Quelques années plus tard, ils parviennent à s'échapper mais la jeune fille est rattrapée. Pour ne pas réveler la cachette de son frère, Zushio, elle se suicide. Lorsqu'il devient gouverneur, Zushio abolit l'esclavage.

Dernière chronique du mois d'août sur Zéro de Conduite :

Kenji Mizoguchi est avec Kurosawa et Ozu, le principal réalisateur de l’histoire du cinéma japonais (Godard, parmi tant d’autres, n’hésite pas à le qualifier de “maître du 7ème art tout court, l’égal d’un Murnau ou d’un Rossellini”). L’intendant Sansho est un de ses films les plus célèbres et célébrés (récompensé par un Lion d’argent à Venise). Après s’être sorti du quartier miséreux de son enfance et avoir réalisé des dizaines et des dizaines de films d’ambition moyenne pendant les années 20, Mizoguchi se met “sérieusement” au travail à partir du milieu de la décennie suivante (il considère Les sœurs de Gion comme sa première véritable œuvre pleinement accomplie) et est à l’apogée de son art après la Seconde Guerre Mondiale jusqu’à sa mort en 1956.

Quand le film débute, le spectateur suit une mère, ses deux enfants et leur servante. Par le biais d’un flash-back, on comprend qu’ils rentrent dans leur région natale après un exil qui dura une dizaine d’années. A cette époque le mari de Tamaki et le père de Zushio et Anju, notable ayant pris la défense des déshérités face au pouvoir en place, fut sanctionné par sa hiérarchie et contraint de quitter ses fonctions. Sur le chemin du retour les quatre protagonistes sont recueillis par une religieuse qui promet de les aider à se rendre où ils le souhaitent dès le lendemain. Malheureusement la “bougresse” (j’aime cette expression) a donné rendez-vous à des bandits qui enlèvent les enfants et la mère. Tamaki devient prostituée tandis que Anju et Zushio sont vendus à Sansho, un intendant qui traite cruellement ses serfs. Les années passent et Zushio s’est transformé en jeune adulte sans cœur qui a oublié les préceptes de bonté et de justice que son père lui promulgua autrefois. L’arrivée d’une esclave chantant une chanson que Tamaki avait l’habitude de fredonner redonne l’espoir et le courage à Anju et Zushio. Alors que, selon la tradition nippone, les deux jeunes gens accompagnent une mourante dans la forêt, Anju presse son frère de s’enfuir et d’aller retrouver leur mère.

Un monument du cinéma. L’intendant Sansho est une œuvre techniquement et poétiquement parfaitement maîtrisée. On retient à jamais plusieurs scènes magnifiques (l’enlèvement, le suicide de Anju et la scène finale) et on se dit que le cinéma nippon d’après-guerre n’a décidément rien à envier à Hollywood. Mizoguchi distille des valeurs morales universelles, oppose la candeur et l’innocence bafouées de l’enfance à la rigueur et à la cruauté de l’âge adulte, déifie l’image de la femme (comme dans tous ses films) par le biais de la mère et de la sœur. Une œuvre profondément humaniste et tout à fait essentielle.


La bande annonce du film L'Intendant Sansho (Sansho Dayu)